8 décembre 2011 / Arts divers, Interview, Street Art, ♥ Coup de cœur

Rencontre et interview
avec Evol

Evol expose jusqu’au 23 décembre à la Galerie POW à Londres, l’occasion de rencontrer ce peintre et plasticien allemand qui réalise, à l’aide de pochoirs, des reproductions de façade d’immeubles en miniatures sur le mobilier urbain de Berlin Est.


Evol lors de la mise en place de son exposition à la Galerie POW à Londres

Evol transcende la vision d’un urbanisme gris et saturé, vestige de « l’avant Mur », en créant une sorte de ville dans la ville. Il apporte une réflexion à la fois ludique et artistique sur ce qui entoure les habitants des métropoles, sans pour autant en influencer la perception.

Au delà de la démarche, il y a le coté esthétique de son travail qui interpelle. Béton, métal, carton, peinture et « saletés » comme il aime à définir ses textures. Ses réalisations sont présentent et se fondent pourtant presque naturellement dans le décors des agglomérations contemporaines, comme si elle devait être là, pour nous rappeler ce nous savons déjà, ce que nous ne voyons peut-être plus.

BD : Comment avez-vous eu l’idée du projet « Blocks » ?

Evol : J’aime flâner à la recherche de lieux à investir et m’imprégner de ce qui s’y passe. Pas seulement les interventions conscientes, mais aussi les traces involontaires laissées par les habitants. Je me demandais donc constamment quoi faire avec ces boîtes électriques, qui sont partout, dans chaque ville, chaque pays, comme un standard mondial. Et j’étais tellement fauché à cette époque que j’ai été dû pousser la porte d’un Pôle emploi. Le plus proche de chez moi était situé au cœur de l’un de ces gigantesques complexes immobiliers. La situation était déjà assez déprimante en soi, mais cela a été une claque supplémentaire, architecturale cette fois. Même si ce type de construction à moindre coût n’est pas une invention de l’ancienne RDA, ces blocs d’appartements sont encore un symbole du régime communiste. À cause du grave manque d’espaces habitables après la Seconde Guerre Mondiale, le gouvernement a lancé un ambitieux projet immobilier pour créer des appartements abordables pour les ouvriers.

BD : Pourquoi avoir choisi de photographier ces immeubles pour en faire des pochoirs ?

Evol : Contrairement aux maisons de centres-villes qui tombaient en ruine, ces projets étaient la promesse du rêve socialiste enfin exaucé, car ils offraient une meilleure qualité de vie à chacun. Mais, en dehors du fait que le gouvernement n’avait plus d’argent, le rêve a tourné au cauchemar « (dys)fonctionnel ». Pas seulement dans les villes de l’Est, mais partout on trouve ces « containers », posés bien loin du centre ville, pour que ni les touristes ni les urbanistes ne les voient. Pour moi, ce sont des symboles de l’erreur humaine et d’une société de classe. J’ai donc pris quelques photos des façades et j’en ai fait des pochoirs pour les ramener au cœur de la cité.

BD : Que voulez vous éveiller chez le spectateur ? Quelles réactions provoquent vos réalisations ?

Evol : Ce que je viens de dire n’est peut être que mon opinion personnelle. Généralement, je ne cherche pas à provoquer quoi que ce soit chez le spectateur. Je n’ai jamais aimé qu’on me dise quoi dire ou faire. Si j’ai attiré l’attention des gens avec un objet que personne ne regardait avant, je les ai peut-être rendus un peu plus conscients de leur environnement. Et il y a bien sûr un côté ludique à miniaturiser. Je suis ravi de voir les gens réagir en dessinant des drapeaux aux fenêtres, des petits graffitis ou en personnalisant mes œuvres avec leurs personnages à eux. Quand je vois mes œuvres abîmées, je me dis que j’ai été irrespectueux et que j’ai marché sur les plates-bandes du street artist local…

BD : Vous considérez-vous comme un street-artist ?

Evol : Non. En fait, je n’aime pas ces termes réducteurs. Je suis juste un artiste qui aime autant utiliser un lieu public que de travailler dans un studio. Chaque méthode offre certains avantages que l’autre ne fournit pas.
J’aime confronter ces productions aux lieux et aux gens qui y vivent. Le commerce omniprésent est abrutissant, tout comme l’absence de présence humaine dans le paysage urbain.

BD : Vous travaillez sur plusieurs supports, quel est celui que vous préférez ?

Evol : J’apprécie la spécificité de chaque matériau, j’aime jouer avec leurs caractéristiques propres. Mais si vous me demandez mon préféré, je dirai le rebut. Et le temps. Mais là ça en fait deux.

BD : Quel est votre rapport au commerce dans l’art ?

Evol : Dans un monde idéal, les gens devraient faire ce qu’ils font le mieux et être correctement rétribué pour cela. Qu’on soit cordonnier ou artiste (si tant est qu’on puisse être un meilleur artiste qu’un cordonnier). Ensuite, c’est aux gens de décider combien ils apprécient votre travail. Ce n’est pas moi qui ai décidé qu’une paire de chaussures vaut des millions de livres mais peut-être que certaines personnes grimpent mieux aux murs avec celles-ci…

Vous pouvez voir les dernières réalisations d’Evol sur sa page Flickr.

Exposition Evol « There Goes The Neighbourhood », jusqu’au 23 décembre à la Galerie POW 46-48 Commercial St. dans le quartier de Shoreditch à Londres.



4 juin 2010 / Interview, Photographie, Voyage

Interview de Joffrey Carpentier


Autoportrait à la contrebasse

Joffrey Carpentier est un talentueux photographe amateur français qui rapporte de ses nombreux voyages des clichés esthétiques, variés et picturaux. Né à Besançon en 1980, il est aujourd’hui interne au CHU où il se spécialise en Psychiatrie. Enfant, il a  toujours rêvé d’avoir un appareil reflex et a attendu sa première paie d’interne pour en avoir un, il y a 4 ans. Il a décidé alors de prendre un vol pour l’Inde et d’y partir seul 21 jours. Ce premier voyage dans les montagnes du Spiti a été une découverte fabuleuse pour lui et d’une grande intensité. L’appareil photo a été son passeport pour partir et là bas, il lui a servi d’interface pour rentrer en contact avec les gens. Il a  été reçu chez des moines qui lui ont ouvert des portes et surtout, on lui a souri partout.


Les montagnes du Spiti

Joffrey essuie aujourd’hui les plâtres de la rubrique interview du blog pour nous parler du regard qu’il porte sur ce qui l’entoure et de la bienveillance qu’il accorde à ce(ux) qu’il photographie.

BD : Depuis quand prends-tu des photos et pourquoi ce mode d’expression ?

JC : Le début de ma photographie coïncide avec le début de mon internat en psychiatrie. Dès lors les deux sujets se renvoient régulièrement l’un à l’autre, s’enrichissent mutuellement et m’apportent beaucoup dans tous les domaines. Comprendre l’autre, respecter ses peurs et ses envies. L’image est ce que l’on a de plus précieux, c’est celle que l’on a de soi mais surtout celle qu’on a des autres. La photographie permet facilement d’exprimer son ressenti. Elle fixe le temps, les souvenirs, les gens. C’est un média formidable qui m’oblige tous les jours à me remettre en question et m’ouvre des horizons fantastiques.

BD : Lorsque tu pars en voyage, qu’est-ce que tu cherches à mettre en exergue ?

JC :En voyage, c’est surtout l’infinitésimal que j’ai à l’esprit. Qu’est ce qui localise, définit, caractérise avec émotion un lieu ou une personne ? C’est un détail qui peut tout déclencher : un regard, un collier, une attitude ou l’esprit se dégagent d’un endroit. Je cherche toujours à valoriser mon sujet, à le rendre digne et merveilleux. Mes images sont comme de petits trésors que je ramène au creux de mon boitier, de courts instants d’éblouissement ou des visages que j’ai aimé. Tout devient beau quand on prend le temps de regarder.


Namaste, Rajasthan

BD : Quelles sont tes inspirations, des photographes de références ?

JC : Toute image est inspiratrice, dès lors que l’on aime ou pas telle photo ou peinture on prend déjà un parti. Internet reste en cela un vecteur intense par la profusion  et la qualité des images ou graphismes qu’on y trouve. Le réseau forge nombre de mes images, il est parfois même difficile de ne pas plagier. J’ai été soulagé de savoir que Turner lui-même copiait beaucoup ses contemporains. Reproduire est un apprentissage en soi. Mes photographes favoris sont : Michael Kenna, Joseph Hoflehner, Kenro Izu, Araki, Daido Moriyama, Olivier Föllmi, et Jean-Loup Sieff.

BD : Quelle est de tes photos celle que tu affectionnes le plus et pourquoi ?

JC : Le portrait d’une jeune intouchable à Pushkar en Inde. Dans le palais du Maharadja à l’abandon, je l’ai trouvée en train de balayer la chambre de la Maharani. Au même endroit plusieurs centaines d’années auparavant, la princesse guettait  par le balcon les festivités données dans la cour, protégée des regards par un paravent en moucharabieh. La lumière de midi éclairait son visage à travers la dentelle de pierre et quand elle m’a regardé lui demander une photographie, chose inconcevable pour sa caste, j’y ai vu la beauté d’une princesse.


Portrait d’une jeune intouchable à Pushkar en Inde

BD : Tu réalises des portraits, des paysages. Quel exercice préfères-tu et quels intérêts trouves tu dans chacune de ces approches ?

JC : J’aime par dessus tout réaliser des portraits à l’étranger. C’est pour moi toujours un cadeau superbe. C’est le fruit d’une rencontre, de mon voyage, de mon effort à aller vers l’autre et de m’affranchir des barrières de la langue ou de la culture. Mais toutes les photographies se répondent que ce soit un portrait ou un paysage. Ce sont des compositions qui doivent être construites pour fonctionner et d’où doivent se dégager toute l’émotion et la passion nécessaires. Le studio m’apprend à parler aux modèles, à les mettre en confiance et à leur donner une image d’une beauté souvent insoupçonnée. Peu de monde se trouve beau en photo, mais le studio m’a appris qu’avec du temps, du respect et de la confiance on peut tous montrer notre beauté intérieure. Le portrait est peut être l’exercice le plus difficile. Techniquement, artistiquement et humainement il demande des trésors de ressources. Le paysage me hante souvent bien avant, me déçoit et puis me happe. il reste la plus grande source d’émotion.


Shanghai

BD : Comment définis-tu ton style ?

JC : En construction… J’espère en avoir un jour disons que l’émotion reste mon maître mot. Je suis plus un photographe de l’instant que l’on croise.

BD : Tu peux nous parler technique ?

JC : Coté technique, c’est principalement un travail numérique. L’argentique est nouveau pour moi mais j’apprends, j’apprends. J’apprécie la facilité et l’aisance qu’apporte le numérique. Surtout l’écran permet une intéraction fantastique avec les autres. il conditionne nombre de mes vues et m’offre une sanction directe sur les résultats escomptés. En terme de soft, j’utilise beaucoup Lightroom et photoshop pour essayer d’avoir un résultat aussi naturel que possible. Donc très peu de modifications, juste quelques touches de netteté, d’exposition, de désaturation. Rien de bien transcendant si ce n’est l’utilisation de la technique HDR High Dynamic Range pour certains paysages. Cette technique permet l’obtention de détails dans les zones sombres et claires de l’image. On obtient toujours des résultats spectaculaires. tout le travail reste de doser l’effet, c’est de la cuisine.


Boston, États-Unis


People of NYC


Le Huang Shan, Chine


Japon


Inde


Himalayan Highway


Islande

Retrouvez d’autres pays photographiés par Joffrey Carpentier sur son site web.






Twitter   Facebook   Tumblr   RSS   Instagram  Contact   Crédits

© Ce site a pour but de faire découvrir des artistes, les images et vidéos publiées sont la propriété de leurs auteurs et/ou acquéreurs respectifs.